Conseils Eau

Biofilm dans les canalisations

Youssef, spécialiste traitement de l'eau
15 oct. 2026
min de lecture
Biofilm dans les canalisations

Une eau du robinet claire et légèrement chlorée est potable, mais elle n'est pas stérile : sur son trajet vers votre cuisine, des micro-organismes vivent et se multiplient dans les canalisations. Une revue scientifique de 2019, parue dans l'Encyclopedia of Water (Wiley), résume ce que l'on sait de ce « microbiome du réseau de distribution ». Voici l'essentiel, sans exagération, et ce que cela change pour votre maison.

Où se cachent vraiment les bactéries du réseau

L'eau qui coule dans les conduites contient moins de 5 % des bactéries du réseau ; la grande majorité vit fixée sur les parois, dans des biofilms. Les auteurs s'appuient ici sur Flemming et al. (2002).

Conséquence pratique : analyser un verre d'eau ne donne qu'une image partielle du réseau. Les auteurs rappellent aussi que la composition des bactéries en suspension diffère nettement de celle du biofilm. Ils concluent que les deux doivent être étudiés ensemble.

Le biofilm et sa matrice protectrice

Un biofilm est une communauté de microbes fixée sur une surface et enrobée d'une matrice visqueuse, les substances polymériques extracellulaires (EPS). Il se forme rapidement, même dans les conditions difficiles d'un réseau d'eau potable.

Les bactéries du biofilm sont bien moins vulnérables que celles de l'eau au désinfectant résiduel et au manque de nutriments. Ces derniers tendent en effet à se concentrer sur les surfaces. La résistance accrue des biofilms aux désinfectants est observée dans de nombreuses études, mais les auteurs précisent que son mécanisme exact reste inconnu. Il combinerait une barrière physique et des changements physiologiques des bactéries.

Quand le biofilm se détache

Le biofilm perd des fragments tout au long de sa vie. Les forces d'écoulement de l'eau en arrachent de petites portions (érosion) ou de plus grandes (« sloughing »). Après une hausse de vitesse, un gros arrachement peut emporter la majorité du biofilm, même si une couche de base peut rester et repousser.

Ce détachement augmente la charge microbienne de l'eau. Attention toutefois : l'article décrit le mécanisme, pas la fréquence de ces événements ni le risque sanitaire au robinet. Il ne permet donc pas d'affirmer que des morceaux de biofilm arrivent régulièrement dans un verre.

Le chlore : utile, mais pas magique

Les distributeurs maintiennent un désinfectant résiduel pour limiter la recroissance des bactéries. La plage attendue est de 0,2 à 2,0 mg/L de chlore libre, sans dépasser 5 mg/L, d'après les normes de l'OMS citées par les auteurs.

Le chlore libre se consomme vite : il réagit avec les parois, les dépôts de corrosion et les biofilms. C'est pourquoi de nombreux réseaux passent aux chloramines, plus stables, qui produisent moins de sous-produits de désinfection réglementés et pénétreraient mieux dans les biofilms.

Les traitements biocides restent peu efficaces sur les biofilms, et ils peuvent laisser en place un biofilm mort ou inactif. Le chlore n'est donc pas inutile : il est simplement moins efficace contre les bactéries installées dans les parois que contre celles qui circulent dans l'eau.

Les vrais points de vigilance

Les auteurs insistent sur trois risques, plus que sur le biofilm en lui-même :

  • Les pathogènes opportunistes. Legionella, Mycobacterium, Pseudomonas et Aeromonas peuvent survivre dans l'eau traitée. Ils concernent surtout les personnes fragiles ou immunodéprimées, et beaucoup résistent aux désinfectants.
  • La plomberie intérieure. Elle ne fait pas partie du réseau public, mais elle est la plus exposée : eau qui stagne plus longtemps, tuyaux fins, faible débit, températures plus élevées.
  • Les infrastructures vieillissantes. Aux États-Unis, la majorité des conduites a entre 50 et 90 ans. Une perte d'intégrité du réseau ou des pressions négatives peuvent laisser entrer une contamination externe. Cette donnée concerne le contexte américain, pas le Maroc.


Sur la période 1997-2004, plus de 300 épidémies et cas de maladies hydriques ont été liés à la présence de pathogènes dans les infrastructures. Les auteurs estiment que la fréquence réelle est probablement plus élevée, car ces cas sont souvent sous-déclarés.

Ce que cela change pour votre maison

L'article ne traite pas des filtres domestiques, et nous ne lui faisons pas dire ce qu'il ne dit pas. Il montre en revanche que le dernier tronçon, la plomberie du bâtiment, est le plus exposé à la stagnation et à la perte de désinfectant.

Un traitement au point d'usage, comme la filtration ou l'osmose inverse, agit sur l'eau au moment où elle est consommée, en aval de cette plomberie. Il peut compléter le dispositif, à condition d'être bien choisi et bien entretenu. Un système négligé, avec une eau qui stagne sur des surfaces humides, réunit des conditions comparables à celles décrites plus haut.

Nos recommandations (elles ne viennent pas de l'étude) :

  • Changer les cartouches à la fréquence indiquée par le fabricant.
  • Faire désinfecter le réservoir et les circuits d'un système d'osmose inverse lors de l'entretien.
  • Faire contrôler l'installation si l'eau a un goût ou une odeur inhabituels.


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En bref

  • Moins de 5 % des bactéries du réseau circulent dans l'eau ; le reste vit dans les biofilms des parois.
  • Le biofilm protège les bactéries, mais le mécanisme exact de cette protection reste inconnu.
  • Des fragments peuvent se détacher ; l'article ne chiffre ni leur fréquence ni le risque au robinet.
  • Les points sensibles sont les pathogènes opportunistes et la plomberie intérieure.

Source

Gomez, C. K. et Aggarwal, S. (2019). Overview of Drinking Water Distribution System Microbiome and Water Quality. Dans P. A. Maurice (dir.), Encyclopedia of Water: Science, Technology, and Society, Wiley. DOI 10.1002/9781119300762.wsts0193

Youssef, spécialiste traitement de l'eau

Spécialiste en traitement de l'eau et osmose inverse, au service des familles et professionnels de la région de l'Oriental depuis le magasin Naqaa Solutions à Berkane.

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